Oui, quelquefois, il l’avait aperçue. Pardon : il n’avait pas toujours su, qu’elle s’arrête ou qu’elle passe, empêcher que le désir se lasse. Et il avait derrière lui son temps. « Voilà si longtemps qu’il vente », se dit-il, mais il distinguait une passante, là-bas dans le vent. La passante ne savait pas, non, que dans l’exil les pauvres n’ont rien d’autre à offrir, peu de chose, qu’un seul instant fleurant la rose. Il avait ouvert son cœur dans des ciels, jolis crépuscules de miel, éparpillant des pièces d’or comme feuilles mortes d’automne. Et permettez donc qu’il s’étonnât que si peu de filles y aient vu un trésor ! Il aimait le parfum des glycines. Il sifflait, à l’aube, une chanson. Voici qu’un sourire illuminait de soleil le bel horizon. Le printemps ressemblait à l’automne. « La pluie, est-ce qu’elle s’étonne ? De quoi se souvient donc la neige ? » Quand il avait eu vingt ans, que n’avait-il su, et déjà quand il avait été enfant, empêcher que passe le temps? Et il avait fumé, avec des filles, quand c’est le Temps d’Avant encore, la cigarette si jolie d’après le rendez-vous des corps. La neige fond, les pas s’effacent, un bref instant il reste trace sur les sables du seul présent. L’automne ressemblait au printemps. Il voyait les feuilles d’or des arbres jonchant les tombes de marbre et chutant, lentes, sans un cri, comme les romans pas écrits. Il avait consumé, avec des filles, quand à la gare il est trop tard, la cigarette, la si jolie cigarette d’avant l’au revoir. Fin d’un chapitre en cinq minutes, fumée en bouffée et volutes blondes dedans le ciel des yeux humides de mille pleurs bleus. La femme avait été histoire en rêve et en mémoire, en veille de vendanges, dans la fuite d’un ange. Les femmes avaient été les pages du livre de ses âges. Et il avait dû leur voler ses rêves envolés.
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